DUERP non mis à jour : le document qui peut se retourner contre vous

Table des matières

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Introduction

On va être honnêtes.

La majorité des dirigeants qui ont un DUERP n’en sont pas vraiment fiers.

C’est un fichier Word téléchargé sur un site quelconque, rempli en une après-midi, mis dans un tiroir — ou sur un serveur dont personne ne connaît l’emplacement exact.

Et depuis, il dort.

Pour les startups en hypercroissance qui ont 50 choses plus urgentes à gérer : on vous voit.

Pour les vieux de la vieille qui ont « toujours fait comme ça et ça n’a jamais posé de problème » : on vous voit aussi.

Sauf que voilà. Le problème avec les risques, c’est qu’ils n’attendent pas qu’on soit prêts.

D'abord, rappel rapide : c'est quoi la faute inexcusable ?

Pas de jargon inutile. L’idée est simple.

La Cour de cassation considère que la faute inexcusable de l’employeur est constituée lorsque l’employeur avait — ou aurait dû avoir — conscience du danger auquel était soumis le travailleur, et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver. Cnrs

Deux mots-clés : conscience et inaction.

Ce n’est pas « tu savais et tu t’en foutais ». C’est aussi « tu aurais dû savoir et tu n’as rien fait ». La nuance est importante — et souvent défavorable à l’employeur.

L’établissement du DUERP est une obligation légale. Cela signifie que les risques pouvant atteindre les salariés doivent être recherchés par l’employeur — et que ne pas les avoir cherchés peut suffire à établir la conscience présumée du danger. Cnrs

Autrement dit : « je ne savais pas » ne fonctionne pas comme défense si vous n’avez pas mis en place les outils pour savoir.

Ce que le DUERP devient devant un juge

Accident du travail. Maladie professionnelle. Arrêt prolongé.

Le contentieux s’ouvre. Et là, le DUERP sort du tiroir — ou de la boîte mail — pour devenir une pièce à conviction.

Le DUERP peut être d’une importance capitale dans le cadre d’un litige sur la faute inexcusable de l’employeur dans la survenance d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle.

Ce que regardent les juges, ce n’est pas uniquement l’existence du document. C’est son contenu réel, sa date de mise à jour, les actions qui en découlent — ou l’absence totale d’actions.

Un jugement retient la faute inexcusable en ces termes : « L’employeur ne peut justifier de l’existence au moment des faits du document unique d’évaluation des risques — la décision de constater sa faute inexcusable sera confirmée. »

Et plus percutant encore : « L’employeur ne produit pas le document d’évaluation des risques pour les années postérieures, alors qu’il doit être mis à jour au moins une fois par an. » Résultat : faute inexcusable retenue.

Le piège du DUERP "téléchargé"

C’est l’erreur la plus répandue. Et paradoxalement, l’une des plus risquées.

Un modèle générique rempli à la va-vite donne une illusion de conformité. On a « le document ». Case cochée. On passe à autre chose.

Sauf que la faute inexcusable peut être démontrée par l’absence d’un DUERP réel, car l’employeur ne s’est pas mis en situation d’organiser les opérations à risque — et en conséquence d’organiser le travail de manière à assurer la sécurité des salariés.

Un document générique qui ne reflète pas votre activité réelle, c’est souvent pire qu’un document incomplet : ça montre que vous avez fait semblant.

Ce que dit la jurisprudence récente — et c'est de plus en plus large

Accidents physiques : la logique classique

Le 12 octobre 2017, la Cour de cassation a rappelé qu’il appartient à l’employeur d’évaluer les risques dans l’entreprise, et que le manquement à cette obligation caractérise la faute inexcusable — cassant la décision d’appel qui avait écarté la responsabilité de l’employeur au motif de l’absence de lien de causalité entre l’absence de DUERP et l’accident. Altersécurité

Traduction : même si le lien direct avec l’accident n’est pas évident, l’absence de DUERP peut suffire à engager votre responsabilité.

La chambre sociale de la Cour d’appel de Bastia a considéré que la mise en place du document unique en 2012, après la constatation d’une maladie professionnelle en 2009, démontrait la faute inexcusable de l’employeur. Faire le DUERP après coup, ça ne répare rien — ça aggrave.

Risques psychosociaux : le front qui s’élargit

Certains dirigeants pensent encore que la faute inexcusable, c’est réservé aux accidents visibles. Un bras cassé. Une chute de hauteur. C’est faux.

Il a été jugé qu’une salariée victime d’un burn-out reconnu comme accident du travail pouvait engager la responsabilité de son employeur pour faute inexcusable. La Cour a relevé que l’employeur avait lui-même identifié comme risque psychosocial une surcharge de travail — il avait donc conscience du risque et n’avait pas pris les mesures nécessaires. Francmuller Avocat

La jurisprudence récente (Cass. soc., 14 avril 2024) a confirmé que l’employeur commet une faute inexcusable lorsque, ayant ou devant avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié, il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver. La caractérisation de la faute est facilitée par l’existence d’alertes préalables ignorées ou par le non-respect des obligations préventives. Cdg65

Des alertes ignorées. Une surcharge signalée. Un risque identifié dans le DUERP mais sans plan d’action derrière. C’est exactement ce que les juges vont chercher.

Les sanctions concrètes : mettons des chiffres

L’absence ou le défaut de mise à jour du DUERP expose l’employeur à des amendes : jusqu’à 1 500 € pour une personne physique (3 000 € en cas de récidive), jusqu’à 7 500 € pour une personne morale (15 000 € en cas de récidive).

Mais ça, c’est la partie visible et finalement la moins grave.

En cas de faute inexcusable retenue, la victime ou ses ayants droit bénéficient d’une indemnisation complémentaire. Sur le plan pénal, le juge peut retenir la faute de l’employeur par imprudence, négligence ou manquement à une obligation de sécurité, et prononcer une condamnation pour atteintes involontaires à l’intégrité physique ou pour mise en danger délibérée d’autrui.

Dans un cas documenté de silicose après 15 ans d’exposition sans protection, la faute inexcusable a été reconnue, entraînant une rente portée à 100 % du salaire — contre 50 % normalement — soit 35 000 € par an, à vie. CCI Hauts de France

Un DUERP à jour, en regard de ces montants, c’est l’investissement le plus rationnel qu’un dirigeant puisse faire.

La nuance qui change tout : défaut de mise à jour ≠ faute automatique

Soyons précis, parce que la jurisprudence n’est pas univoque.

Le défaut d’actualisation du document unique ne suffit pas à lui seul à caractériser la faute inexcusable de l’employeur (CA Pau, 16 février 2023). Rocheblave

Ce n’est donc pas mécanique. Le juge regarde l’ensemble du tableau : y avait-il des mesures de prévention réelles, même sans document parfait ? Les salariés étaient-ils formés ? Les risques avaient-ils été communiqués ?

La Cour de cassation impose aux employeurs de mettre en œuvre des plans de prévention ambitieux, réfléchis et résolument tournés vers la réduction effective des risques.

C’est ça, la vraie question. Pas « avez-vous un classeur ? », mais « avez-vous produit des effets concrets ? »

Ce que le DUERP doit vraiment contenir pour être défendable

Un document robuste n’est pas un document long. C’est un document vrai.

Il doit refléter les situations de travail réellement observées — pas des risques génériques copiés d’un modèle. Il doit hiérarchiser les risques selon leur criticité réelle. Il doit contenir un plan d’actions correctives, daté, avec des responsables nommés. Il doit tracer les mises à jour successives, de façon à montrer que la démarche est vivante. 

La loi santé au travail du 2 août 2021 prévoyait un dépôt obligatoire sur portail numérique — cette obligation est à ce jour suspendue, le portail n’ayant pas vu le jour. En attendant, l’employeur doit conserver toutes les versions successives du DUERP pendant 40 ans et les tenir à disposition de l’inspection du travail, des représentants du personnel et des anciens salariés.

La vraie leçon à retenir

La jurisprudence ne condamne pas les employeurs parce qu’ils n’ont pas un document parfait.

Elle condamne ceux qui n’ont pas regardé. Qui n’ont pas agi. Qui avaient les signaux en main et ont fait comme si de rien n’était.

L’absence d’actions concrètes en matière de prévention expose l’employeur à une reconnaissance de faute inexcusable — ce qui majore la réparation due et constitue un levier efficace pour améliorer les pratiques. Village de la Justice

Le DUERP n’est pas une protection magique. C’est la preuve d’une intention sérieuse. Et cette intention doit se traduire en actes traçables.

Conclusion : le tiroir, c'est fini

Si vous êtes une startup de 12 personnes en train de recruter à toute vitesse, ou une PME industrielle dont le DUERP date du précédent gérant — la situation est la même.

Un document figé ne vous protège pas. Il vous expose.

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En quelques échanges, nous pouvons identifier les points de fragilité majeurs et vous indiquer ce qui doit être corrigé en priorité. Pas de diagnostic alarmiste — juste un regard professionnel et pragmatique.

Sources : Cour de cassation, 2e civ., 14 avril 2024, n°23-11.682 · CA Grenoble, 21 fév. 2023 · CA Pau, 16 fév. 2023 · CA Bastia, 8 fév. 2017 · Cass., 12 oct. 2017 · Loi santé au travail, 2 août 2021 · Circulaire NOR : TFPF2413788C, 11 juin 2024

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